20 mars 2009
20 Mars - Alice Springs
Nous sommes à Alice Springs jusqu'à dimanche et j'ai enfin trouvé une liaison Internet digne de ce nom, ce qui m'a permis de mettre à jour le récit de notre voyage que je vous invite à (re)découvrir à partir du 12 mars.
Pour info, vous pouvez agrandir les photos cliquant sur celle-ci (un koala m'a laissé un message me disant qu'il trouvait sa photo trop petite).
18-19 Mars - ULURU
Non, ça ne se prononce pas "turlututu", mais "ou-lou-rou", en faisant rouler le "r" du bout de la langue et pas en se raclant la gorge comme pour...
C'est aujourd'hui que nous allons découvrir ce lieu mythique, symbole par excellence de l'Australie avec le kangourou, le boomerang et le didjeridoo (pour tout savoir sur le plus vieil instrument de musique du monde et même, pourquoi pas, en commander un en ligne, cliquez ICI).

La route est là aussi très bonne et nous ne tardons pas à apercevoir ce qui pourrait être... non, fausse alerte, il s'agit du Mont Connel qui se trouve à une centaine de kilomètres avant ce que les premiers colons ont tout d'abord appelé Ayers Rock et qui a repris son appellation aborigène originale il y a quelques années, lors de la décennie de la réconciliation des années 1990.
Le site est aujourd'hui entièrement co-géré avec les Anangu, le nom de la tribu aborigène qui habite la région depuis plus de 40 000 ans et pour qui ce site est un endroit sacré où ont encore lieu de nombreuses cérémonies religieuses. Le mysticisme du lieu se fait très vite ressentir à mesure que nous en approchons et un intéressant centre culturel aborigène au pied du monolithe nous permet d'en savoir un peu plus sur l'histoire du lieu et sur ses légendes.
Par volonté des Anangu, toute photo de l'exposition est interdite, car selon eux l'image (et donc la photo) fait partie intégrante de l'objet. En prenant une photo, c'est comme si on emportait une petite partie de l'objet avec soi. Ils demandent aussi à ce que l'on ne prenne pas de photos des Anangus eux-mêmes, car selon leur tradition il faut masquer toute image d'un personne défunte après son décès pour que son âme puisse trouver le repos. Certaines photos de l'exposition étaient d'ailleurs masquée, car l'une des personnes qui y est représentée était décédée quelques jours auparavent.

Nous partons alors à la découverte du site après de longues négociations au bouts desquelles j'ai quand même réussi à convaincre Naomi qu'il fallait marcher un peu pour apprécier la magie de l'endroit. Le plaisir de porter son nouveau filet anti-mouches, un accessoire IN-DIS-PEN-SABLE en vente dans tout bon magasin de souvenirs, a contribué à la convaincre qu'une petite ballade à pieds après le déjeuner n'est pas forcément désagréable. Un oiseau local dont j'ai oublié le nom observe ces quatre étranges silhouettes.
Uluru est comme un iceberg dont la partie visible, qui fait tout de même 3600 m de long et 348 m de haut, ne représente qu'un tiers environ de la masse totale du monolithe. Oui, il s'agit bien d'un monolithe, c'est-à-dire d'un bloc de grès d'un seul tenant !!
Le tour de sa base nécessite environ 3 heures de marche, nous nous sommes donc limité, après suffrage à 3 voix contre 1, d'une courte ballade d'une heure. Là aussi, plusieurs endroits sont interdits de photographie à la demande des Anangus, notamment des lieux de cérémonies traditionnelles dont certains sont réservés aux hommes, d'autres aux femmes et d'autres encore à certains initiés seulement. Ils estiment notamment qu'il faut avoir reçu un enseignement adéquat pour pouvoir apprécier pleinement la spiritualité de ces lieux et que la photo, aussi bonne soit-elle, ne saurait jamais restituer celle-ci, ou alors en donner une mauvaise image.
Note à propos des règles des Anangus :
Les Anangus ont indiqué leurs règles en matière de photographie, mais aussi de respect des lieux, en demandant notamment aux visiteurs de ne pas grimper sur le rocher. Aucune sanction n'est prévue, ils font simplement appel à la compréhension et au sens des responsabilités de chacun. Bien évidemment, il y a toujours des beaufs dont le raisonnement se limite à un truc du genre "j'ai payé donc j'ai le droit" et qui escaladent quand même le rocher malgré des informations en plusieurs langues. Une grimpette de près d'une heure quand même et qui est loin d'être sans danger. Pour les Anangus, si quelqu'un se blesse ou même se tue en montant sur Uluru, c'est comme si le rocher leur avait fait du mal, ce qui les attriste au plus haut point car ce lieu est pour eux symbole de pureté et ne devrait donc pas être source de tristesse ou de mal. Autre anecdote : le centre culturel renferme un endroit particulier où sont entreposés tous les fragments du rocher qui ont, un jour, été emporté par des visiteurs pour ensuite être renvoyés aux Anangus par ces mêmes visiteurs qui, une fois rentrés chez eux, ont regretté leur geste. Plusieurs courriers sont affichés, notamment des personnes à qui sont arrivées des choses étranges après avoir subtilisé un morceau du rocher.

Mais les filles ne se laissent pas impressionner par toutes ces histoires et profitent d'un bain bien mérité dans la piscine du terrain de camping.
Le soir, nous lisons ensemble un récit de la mythologie Anangu dans un recueil acheté au centre culturel. L'obscurité est presque totale, seulement perturbée par la lueur de lampes des caravanes et des tentes. Au loin, on peut entendre le bourdonnement langoureux d'un didgeridoo, ce qui accentue encore le caractère mystique du lieu et la magie de l'histoire.
La légende des kangourous géants
Les conteurs de la tribu de Wiradjuri disent qu'il y a très longtemps, les hommes ne connaissaient pas le feu et étaient obligés de manger leur viande crue. En ce temps, ils partageaient leur territoire avec des kangourous géants dont certains faisaient plus de 3 m de haut.
Ces animaux étaient herbivores, mais ils n'aimaient pas les hommes et les attaquaient fréquemment. Les Wiradjuri les craignaient.
Un jeune homme de la tribu, Wirrowaa, a demandé l'aide d'un puissant esprit appelé Byamee. Celui-ci lui est apparu pendant une nuit de pleine lune et a répondu à sa requête en lui demandant de prouver sa bravoure. Wirrowaa devait s'appliquer sur le corps de l'argile blanche et procéder à un corroboree spécial. L'argile blanche ne se trouve que près de l'endroit où vivent les kangourous géants, mais il décida de surmonter sa peur et d'accepter le défi.
Il s'enduisit tout d'abord le corps de graisse de lézard puis se roula dans la poussière pour ressembler à un morceau de rocher. Il s'approcha de l'endroit où se trouvent les kangourous géants en se cachant derrière une branche feuillue et trouva l'argile blanche. Wirrowaa en ramassa autant qu'il pu et retourna au campement de la tribu. Les kangourous géants ne s'étaient rendus compte de rien.
Il s'en enduisi alors le corps et entama un corroboree sur un rocher à la lueur de la pleine lune. Pour récompenser Wirrowaa de son courage, Byamee lui apparu et lui enseigna l'art du feu. Pour cela, il frotta deux morceaux de bois jusqu'à ce qu'ils chauffent suffisamment et enflamment une touffe de brindilles. Le feu se propagea très vite à aux buissons et gagna l'endroit où vivaient les kangourous géants.
Les Wiradjuri étaient stupéfaits, ils n'avaient jamais vu de feu. En sécurité sur leur rocher, ils assistaient de loin à la fuite des kangourous géants, effrayés par l'incendie. Ils ne revinrent jamais et, depuis ce moment, les Wiradjuri peuvent ceuillir et chasser sans crainte d'être attaqués par les kangourous géants.

Tout le monde dort à présent et je ne tarde pas à m'assoupir moi aussi dans la douceur de la nuit, bercé par le son d'un lointain didgeridoo. Très vite, des rèves de kangourous géants viennent agiter mon sommeil.
L'esprit Byamee m'emporte très loin au-dessus du rocher sacré des aborigènes et me révèle un autre site, moins connu, un peu plus à l'ouest : Kata Tjuta, ce qui veut dire "les nombreuses têtes".
Je survole la plaine quui s'étend à perte de vue, les Wiradjuri me font signe, un koala suce une feuille d'eucalyptus sur le plus haut des rochers, des mineurs d'opale sortent la tête d'un trou dans le sol, un boomerang lancé par un pélican fait la navette entre deux nuages, je me cogne à une mouche, je trébuche, je roule et boum !! Je me réveille brutalement pour faire la connaissance de ...
...Ben, le sympatique pilote d'hélicoptère qui nous a fait faire un survol du site d'où sont revenues deux nenettes excitées comme des puces qui se sont toutes deux mises en tête d'apprendre à piloter.
En écoutant bien, un didgeridoo peut aussi imiter le bruit d'un hélicoptère !!
16-17 Mars - Coober Pedy

90 % des opales extraites dans le monde provienne de la région de Coober Pedy, qui compte 3500 habitants et 45 nationalités différentes. La majorité d'entre eux vit sous terre pour se protéger à la fois de la chaleur (50 °C en pleine journée en été) et du froid (nuits glaciales en hiver). C'est dans cet environnement particulièrement hostile et ces paysages lunaires qu'ont en outre été tournés des films tels que Planète Rouge ou Mad Max, notamment le troisième volet qui avait pour environnement les galeries de Coober Pedy. La ville dégage une atmosphère très particulière, d'autant plus que 80 % des infrastructures sont souterraines. Les producteurs de films à la recherche de "geules" n'ont que l'embarras du choix ici.
L'habitation typique se compose d'un monticule d'où dépassent des bouches d'aération, d'une entrée plus ou moins "aménagée" et d'une collection hétéroclite d'engins en tous genres. Parfois, la première habitation du mineur, celle qu'il occupait à son arrivée il y a très longtemps, est encore visible sur le site d'extraction.
Comment devient-on mineur d'opale ?
Pour commencer, il faut acheter un permis qui se monte à environ 50 dollars par an. Ensuite, il faut louer un terrain (les terrains ne s'achètent pas, ils appartiennent à l'état) et creuser. C'est aussi simple que ça. Pour creuser, il existe trois méthodes : à la main, à la dynamite ou à la machine. La machinerie coûte environ 2000 dollars par semaine, la dynamite 200 dollars et la pioche une quantité indéfinissable d'huile de coude. Mais dans tous les cas, lorsqu'un filon est découvert, il faut finir à la main. Et pour corser la difficulté, il n'existe aucune technologie permettant de détecter la présence d'opale. Tout est une questioin de chance.
D'où vient l'opale ?
Il y a 100 millions d'années environ, le centre de l'Australie était recouvert par une mer intérieure dont les traces visibles sont notamment les immenses lacs salés que nous avons croisés hier le long de la route. L'opale est le résultat de la filtration des minéraux et de l'évaporation. Les filons se trouvent entre 10 et 30 mètres de profondeur, parfois directement à la surface (mais ceux en surface sont épuisés depuis longtemps). L'opale de Coober Pedy est tellement pure, que les bijoutiers internationaux n'en voulaient pas au début, croyant à une imitation. La ruée a eu lieu au début des années 1920, les militaires qui revenaient de la guerre des tranchées en Europe ont appliqué ici les mêmes techniques, ce qui a donné naissance aux "dugouts" ou habitations souterraines.
Aujourd'hui encore, Coober Pedy est une ville en grande majorité souterraine et même les hôtels, restaurants et autres lieux touristiques sont souterrains. Il existe même un "caravan park" souterrain. Il est maintenant interdit de creuser dans un rayon de 20 km autour de la ville, sauf pour agrandir sa résidence. Certaines résidence comptent 20 chambres à coucher et continuent de s'agrandir (non, non, pas pour chercher de l'opale !!). Leur aménagement n'a rien à envier aux habitations en surface et on peut y trouver tout le confort moderne avec un luxe supplémentaire très difficile à obtenir par ailleurs : le silence (les voisins peuvent faire la nouba, il y a au moins 10 mètres de grès entre deux habitations) et l'obscurité totale. Le gouvernement prélève 60 % de taxe sur toutes les recettes de vente d'opale à partir de 50 000 dollars (28 000 Euros), il va sans dire que beaucoup de transactions s'effectuent en espèce.
Mardi 17, lever à l'aube car nous avons prévu de passer par le lieu dit Breakaways à 25 km au nord de Coober Pedy. Il s'agit d'un site aborigène, un ensemble de falaises de gypse et de calcaire dont les couleurs changent en fonction de l'éclairage, certaines ont même été surnommées "sel et poivre". Pour ce faire, il faut parcourir une piste d'une dizaine de kilomètre perpendiculairement à la Stuart Highway, et c'est là que nous apercevons - enfin !! - nos premiers kangourous sauvages. Il nous aura quand même fallu près de 10 jours.

Autre curiosité : la "dog fence" ou "clôture anti-chiens". Il s'agit d'une clôture grillagée de 5300 km de long. Oui, vous avez bien lu : cinq mil trois cent kilomètres, soit deux fois la longueur de la grande muraille de Chine. Cette clôture a été érigée petit à petit par les éleveurs du sud pour se protéger des dingos, le chien natif australien qui est ainsi retenu dans les 3/4 nord-ouest du pays. Elle est contrôlée régulièrement et remise en état si nécessaire Le marché du mouton - viande et laine - en Australie représente plusieurs dizaines de millions de dollars par an, çe qui vaut bien quelques centaines de kilomètres de grillage !!

Ensuite, direction le nord et nous franchissons notre troisième frontière d'état en reculant de nouveau notre montre d'une heure (pas d'heure d'été dans le Territoire du nord).
Nous passons la nuit à Erlunda, une roadhouse dont le terrain est peuplé de kangourous et d'emeus peu farouches.
15 Mars - Autoroute du désert

C'est ici que commence la fameuse Stuart Highway qui relie le Sud au Nord de l'Australie. Un panneau à l'entrée annonce la couleur au niveau des distances : seule Alice Springs est indiquée, il y en a encore 1500 jusqu'à Darwin, et presque que des lignes droites. Pour comparer : la route de Chiang Mai à Mae Hong Son compte 1864 virages et 300 km, ici c'est le contraire : 1864 km et 3 virages !!
Il existe tout de même une certaine diversité dans les paysages sous la forme de grands lacs salés. Les véhicules sont plutôt rares et on peut parcourir plusieurs dizaines de kilomètres sans voir personne. Les conducteurs ont l'habitude de se faire un signe de la main en croisant une autre voiture.

Nous faisons une pause à Woomera, petite ville militaire qui se trouve au milieu du plus grand site d'essais de lancement de fusées au monde. Il a été créé à l'initiative de Churchill dans le cadre d'une coopération entre l'Australie et la Grande Bretagne suite aux bombardements de Londres par les V2 allemands. Ce site est toujours en service et sert à toutes sortes d'expériences militaires et civiles, une partie est accessible au public.
Autre particularité de la Stuart Highway : les road trains, ou trains routiers. Des attelages qui peuvent compter jusqu'à 4 remorques et atteindre plus de 50 mètres de long. Les lignes droites leur permettent de filer à 100 km/h comme les autres véhicules. Mais c'est vrai qu'il est préférable qu'ils ne se trompent pas de chemin ou qu'ils oublient un truc, parce que pas de demi-tour possible avant d'avoir parcouru au moins 200 km !!

Pause déjeuner dans une roadhouse autour de laquelle s'est établie une petite communauté. Comme beaucoup de petites villes australiennes, la population et la date de création de la communauté (ville ou village) son indiquées sur un panneau à l'entrée. La particularité ici est le nombre de mouches. Un véritable fléau dans le désert, nous nous en rendons compte très vite. Dès que l'on sort du véhicule, elles rappliquent en masse et étrangement, elles ne se posent pas en priorité sur la nourriture mais dans des endroits comme les oreilles, les narines ou encore le coin des lèvres. Elles sont par contre très faciles à attraper comme s'en sont rendues compte très vite les filles.

Le soir, nous nous posons pour 2 jours à Coober Pedy, la ville des chercheurs d'opale où les filles ont fait la connaissance de 2 nouvelles copines métisses aborigènes.




















